• Cours Camarade

    Consigne : Dans le cadre de l'anniversaire de Mai 68 (constat de la situation actuelle, que s'est-il passé ? ce que cela provoque en nous)

                                                             

                                                                                        Cours camarade

     

            C’est d’abord comme une rumeur, un lointain brouhaha qui s’amplifie au fur et à mesure que Nicole approche du centre ville. A la hauteur du boulevard, un petit groupe d’adolescents la double en courant, puis un autre, et encore un autre, tous porteurs de calicots enroulées sur de légers montants de bois ou de petites pancartes de carton. Elle s’arrête pour en saisir les mots. « La précarité n’est pas un métier », « Touche pas à mon APL », « Augmentez les salaires, pas les actionnaires »… Un peu plus loin, des femmes accompagnées d’enfants entonnent sur un air connu « Pour la retraite et la sécu, même l’école est dans la rue » 

            Un jeune homme rieur se retourne sur Nicole « Allez Mamie ! Avec nous ! On refait votre mai 68 ! »

           Elle sourit, n’osant lui dire qu’à vingt ans, ce n’étaient ni l’allocation logement ni la crainte du chômage qui les faisaient descendre dans la rue. Ce rêve de liberté ! Faire sauter les carcans ! Sous les pavés la plage ! Faites l’amour, pas la guerre ! L’imagination au pouvoir ! Mais le pouvoir, ce sont les banquiers qui l’ont pris, les prolos désormais appelés salariés ou collaborateurs ne savent plus contre qui lutter, les jeunes squattent leur chambre d’enfant faute de pouvoir s’inventer un avenir. L’utopie s’est diluée dans la réalité quotidienne. 

          De toutes les artères surgissent maintenant des cortèges déjà constitués, dont les slogans ne sont que le sinistre constat de la dégradation sociale et d’une volonté désespérée de survie… Et puis, au bord du trottoir, comme un souffle frais, cette banderole : « Rêve général », et un peu plus loin, « Nous ne serons jamais des winners, connard ! » 

         «  Cours camarade, le vieux monde est derrière toi », lance alors Nicole à tout hasard en forçant le pas, prise d’un fol enthousiasme. Tout juste si elle ne remonte pas son foulard sur le nez, tout en cherchant du regard les derniers pavés  échappés au macadam. « Ce n’est qu’un début, continuons le combat » reprend une voix, puis une autre, et une autre encore.

     

     

     


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